Les femmes et les hommes sont-ils vraiment différents ? …. quand nous parlons de personnalité et de style dans le contexte professionnel.

Mar 26

Nous avons considéré plus de 1000 personnes ayant répondu au questionnaire PSAQ. 

Lorsqu’on analyse des données, on peut se comparer aux aveugles dans la parabole de l’éléphant de Bouddha. Le roi de Savatthi invita tous les aveugles de naissance à palper une partie de l’éléphant. Il  leur demanda ensuite de décrire ce qu’est un « éléphant ». Celui qui tenait la tête croyait que c’était une bouilloire, celui qui tâtait le corps pensait qu’il s’agissait d’un silo à grains,…

J’ai essayé de ne pas saisir uniquement la queue ou le corps de la question posée dans le titre, mais je suis sûr de ne pas encore avoir vu l’éléphant dans son intégralité. Toute aide, commentaire ou opinion sont donc les bienvenus.

J’analyse ce thème au travers d’une grille de lecture : le PSAQ (Questionnaire des Styles et Attitudes Professionnelles). La liste des questions le composant met en lumière la personnalité et le style professionnel au travers de 30 critères et 4 concepts généraux. Les éléments pertinents pour débattre du fonctionnement des individus dans un environnement professionnel.

Par curiosité, j’ai réalisé l’année dernière une analyse de données (sur base d’un échantillon de + 1.000 candidats) et mon premier angle d’analyse fut: « la différence entre H/F… », ce qui relève de l’évidence. Objectivement, le PSAQ n’a pas pour objectif de mesurer ces différences, mais il est possible de les analyser par la suite, tout comme il est possible de mettre en lumière les différences au sein des métiers, formations ou fonctions.

Ma conclusion : être une Femme ou un Homme n’est pas un facteur déterminant, les différences individuelles peuvent être plus importantes indépendamment du sexe. Les critères les plus marquants entre les deux ne sont pas très éloignés  les uns des autres, les critères qui ne se trouvent pas au sommet de la liste restreinte des uns se retrouveront juste un peu plus loin chez les autres.

Une différence s’observe cependant dans la pondération de ces critères. Il fut passionnant de ré-analyser ces résultats portant sur la différence entre hommes et femmes occupant ou non une fonction dirigeante. Dans une analyse plus approfondie, j’ai comparé les hommes et femmes occupant un rôle de direction au travers de leur genre avec leurs équivalents non dirigeants. Les premières différences tenaient-elles toujours la route ?

Les clichés sont aussi bien confirmés que réfutés.

En guise d’avant-goût : les femmes ont un besoin plus élevé de reconnaissance, elles cherchent des confirmations à propos de leur domaine d’excellence; et ce indépendamment du fait qu’elles aient un rôle de dirigeant ou non. Les hommes décident plus rapidement et de manière plus analytique, cependant…cette différence s’annule si on fait la même observation pour les hommes qui ont un rôle de dirigeant. À noter: la distinction existe aussi entre les femmes ayant un rôle managérial et celles qui n’en ont pas.

Examinons aussi les critères pour  lesquels il n’y a aucune différence, l’un d’entre eux est ce que j’appelle «le dépassement des limites », la mesure de ce que l’on pourrait qualifier de socialement acceptable. Le score de référence est bas pour les deux sexes, il se trouve au plus bas de la liste restreinte de la hiérarchie de valeurs. La mesure qui me permettait par le passé d’établir des différences significatives entre dirigeants et non dirigeants est aujourd’hui obsolète.

Notre observation porte sur 1.150 personnes ayant rempli le PSAQ l’année dernière. Remarque : 82% d’entre eux ont bénéficié d’un enseignement supérieur, nous ne pouvons donc pas  faire de généralisation pour la population active totale mais bien pour les personnes avec une formation supérieure.

Ci-dessous les groupes comparés afin d’établir les conclusions.

Hommes Femmes
Hommes ayant un rôle de dirigeant Femmes ayant un rôle de dirigeant
Hommes n’ayant pas de rôle de dirigeant Femmes n’ayant pas un rôle de dirigeant
Femmes ayant un rôle de dirigeant Femmes n’ayant pas un rôle de dirigeant
Hommes ayant un rôle de dirigeant Hommes n’ayant pas de rôle de dirigeant

Je précise encore qu’il s’agit de pondération, le genre n’est jamais le facteur causal qui démontrerait entièrement ou non un certain style ou une attitude dans un contexte professionnel.

La dimension relationnelle est plus importante pour les femmes, les hommes sont plus globalement orientés tâche. Cette différence est marquée chez les managers, mais n’existe plus si nous prenons en considération un groupe de non dirigeants.

Lorsque nous regardons le groupe dans son ensemble, les hommes décident plus rapidement et de manière plus analytique, cependant ceci ne tient plus si nous nous concentrons sur les non dirigeants, sur ce sujet nous n’observons pas de différence avec les femmes. Si nous prenons comme repère la différence dirigeant et non dirigeant, nous observons que tant les femmes que les hommes ont un style de décision plus rapide et analytique que les non dirigeants.

Les hommes sont plus ouverts au changement que les femmes. Inversement, les femmes ont moins tendance à réaménager les choses  lorsque tout se déroule aisément.  Entre dirigeants et non dirigeants (sans distinction de sexe), le constat reste valable.

Les femmes s’orientent plus volontiers vers l’action, elles se mettent plus rapidement à la tâche lorsqu’elles démarrent leurs activités quotidiennes. Ceci s’observe tant chez les managers que chez les non managers. Pas de différence donc entre dirigeantes et non dirigeantes.

Les femmes ont un score plus élevé sur le facteur « émotionnalité », elles sont plus ouvertes, dévoilent plus rapidement leurs sentiments (donc également dans le contexte professionnel). Les hommes auront plutôt tendance à dissimuler leurs sentiments.

Les hommes sont plus assertifs, cette différence disparaît cependant lorsque nous observons exclusivement les dirigeants. Les dirigeants (tant hommes que femmes) sont à leur tour plus assertifs que les non dirigeants.

Disposition administrative : le souci du détail est lié au fait d’être ou non dirigeant, tant les femmes que les hommes délèguent volontiers les tâches administratives. Les non dirigeants scorent de façon plus marquante sur ce facteur de disposition administrative que leurs managers.

Les hommes sont plus focalisés sur le résultat final de leur travail que les femmes, les femmes attachent plus d’importance au processus, au déroulement qu’au résultat. Cette différence se maintient chez les dirigeantes.

Lorsque les femmes exercent une fonction de direction, elles souhaitent plus encore que les hommes avoir une grande liberté d’action et se montrent volontiers critiques vis-à-vis de la hiérarchie. Chez les non dirigeantes, c’est le contraire, elles semblent plus « suiveuses » et demandent plus de structure que les hommes.

C’est enfoncer une porte ouverte que de prétendre que celui qui occupe un rôle managérial affiche davantage un profil de ‘People Manager’, indépendamment du genre. Cela ne va pourtant pas de soi (je reviendrai en détail sur ce sujet dans ma prochaine analyse). Les femmes comme les hommes occupant une fonction de direction prétendent que leur style prioritaire est plus participatif que celui des non dirigeants. Les femmes managers ont en outre plus volontiers un style relationnel que les hommes, elles s’occuperaient et tiendraient plus compte des préoccupations personnelles de leurs collaborateurs.

Chez les non dirigeants, les hommes ont un score plus élevé en People Management que les femmes. Apparemment il y a plus d’hommes en attente d’un job de management que de femmes.

Pour ce qui est de la pondération, pour les critères tels que la résistance au stress, être le meilleur, travailler en équipe, prendre des risques (ce qui n’équivaut pas à prendre des décisions), le management directif ou contrôlant, se positionner en fonction des normes sociales ou dépasser ses limites, nous n’avons trouvé aucune différence en lien avec le sexe. Sur ces points, d’autres éléments différencieront les individus.

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